Premiers airs.

A la fin de l’interminable désert de silence
S’élève somptueuse la résiliente demeure
Mi-château mi-chapiteau d’éloquence
Et les premières mesures visibles par cœur

Et les chemins tordus qu’empruntent les mille voies
Sont comme des avenues aux cortèges de rois
Ô te voilà temple de beauté communion suprême
Et j’ai la face perlée et les joues toutes blêmes

Les premiers airs font mal en bordant les absences
Le gouffre touche sa limite et borde son inconsistance
La joie profonde et lourde écrase mes impertinences
Et la prison de vide n’a pas encore tiré sa révérence

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Fins de silences.

Ombres en camaïeu de roses se déployant aux coins des lèvres
Une bulle s’élève et se jette aux travers des courants d’airs
C’est peu mais suffisant pour attraper au vol la fièvre
La folie des fins de silences et des sonorités particulières

Un peu de vent souffle sans venir d’aucun Nord
Sur l’angle de ta bouche où naviguent des croches oubliées
Quelques sons échappés du chaos ont le drôle de sort
D’être notes mal peignées à peine réveillées toutes déguenillées

Mais après quelques pas quelques subtils mouvements d’ailes
Elles s’élèvent enfin  à la recherche d’hypothétiques arcs-en-ciel
Sur les feuilles des arbres se gravent en filigrane des chants d’oiseau
Et leurs branches se rêvent toutes sous tes doigts et taillées en biseau

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Brin de muguet

Entre trois arbres verts et un bout de sentier
En sa saison sans se perdre en obscur panier
Il reste planté à profiter là de la douce clarté
Du silence immobile entre deux chants d’oiseaux
D’un bruissement subtil l’écoulement d’un ruisseau
Et je ne souhaite pas sa fin le laissant profiter
D’un peu de vie jusqu’au prochain promeneur
Et s’il a de la chance de beaux jours de senteurs
Et pour le protéger camouflant sa demeure
J’ai érigé pour lui en quelques feuilles un petit mur
Tailleur sauvage d’écologiques armures
Pour qu’il sème longtemps ses plus belles odeurs
Ne nous désigne pas tous comme d’obstinés cueilleurs

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Quatuor.

C’est presque une licence
Un geste insensé et son effervescence
C’est bon comme un jour de chance
C’est doux comme une renaissance
C’est une petite fabrique de sons ouverts
Des instants de musique et mots divers

Ça parle au sang qui porte la nouvelle au cœur
Ô son en transhumance tu es le pourvoyeur
D’un espace de lumière en cage de verre
Tu t’échappes sans malice à travers mon hiver
Tu chantes comme le pinson au fond de mon jardin
Tu dis la nuit bientôt finie et rendez-vous demain

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BONNE ET HEUREUSE ANNÉE 2021

Comment semer dans le chaos qui nous chahute
Des milliers de graines libres et vives à pousser
Faire fi de ce long couloir sombre qui nous préoccupe
Et laisser comme avant nos profondeurs s’évaporer

Quel oiseau de mauvais augure souhaiterait là tout de suite
Jeter des vœux sur les blanches figures de nos rêves évaporés
Car c’est avec lenteur que va s’engager la longue poursuite
De nos quêtes inassouvies de nos espoirs abrogés

Alors je me tiens au pied de mon sapin sentinelle indéfectible
Et ses décorations brillantes reflètent mon argenture trop silencieuse
Chaque lueur est un rêve scintillant une expression broussailleuse
De champs hypothétiques où les rencontres seraient enfin possibles

Alors je dépose dans une hotte conceptuelle des créations obscures
Des temps perdus des projets avortés toutes ces  structures
Qui demandent de guerre lasse la décompression d’un tout petit air pur
Un point de départ sur l’horizon lointain pour surgir à l’aventure

Mais marchons ensemble sur toutes ces choses qui se sont écroulées
Sans trop penser à l’avenir impalpable pour ne pas être déroutés
Dessinons parfois le meilleur ou écrasons un soupir quand fuit la volonté
Et si l’an neuf court après son délire la force commune nous dira de l’affronter

Il n’y a pas à s’en faire nous n’en sommes pas au premier mirage
Tant de choses nous ont chavirées ce n’est pas notre premier naufrage
Éparpillons des milliers de petites chances barbouillons mille et un projets
Et n’en réaliser qu’un seul serait comme le diamant pur un magnifique objet

Alors s’il n’existe qu’une issue à cette écriture formulons donc du fond du cœur
Comme au début de chaque ouverture quelques phrasés invitant au bonheur
Pour le temps où se  croiseront de nouveau les sifflets des mésanges
Les paroles fraîches les mots susurrés les notes affranchies  les échanges

Pour le temps où l’esprit ne sera plus logé entre deux mauvais courants d’air
Pour les repas joyeux les jeux d’ensembles  les communions à ciel ouvert
Orchestrons tous savamment nos vies autour d’une idée fixe et salutaire
Vivre une bonne et heureuse année car toujours vient le printemps après l’hiver

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Bureau

Je ne sais par quel bout prendre l’ouvrage
Ranger cet espace reflet de mes orages
Une boite d’aiguilles pour les raccommodages
De l’âme du cœur ou de menus travaux
Une pile de livres ouverts sur diverses pages
Qui sont autant de portes vers mes idéaux
Une règle fanée qui ne donne plus de droite
Un éclair de génie négligemment abandonné
Comme des coquillages béants de multiples boites
Dont on devine à peine ce qu’elles ont amené
Quelques dizaines de disques soigneusement rangés
Se moquent des errances lascives des autres objets
Privilège d’appartenir à des oreilles attentives
Plus précieux que les bijoux qui se sont envolés
Des tours incertaines vacillent sous les assauts répétés
Des chercheurs de factures ou de bulles fugitives
Ne trouvant rien d’espéré dans ce milieu hostile
Ou peut être une surprise dont on admire le style
Au milieu des vapeurs de mes aérosols
Nage parfois une flûte en ut et une autre en sol
Des parfums de fleurs de coton aux brumes de Saint Laurent
Le bazar dégage des effluves de Grasse ou d’ailleurs
Semant des traces de mon passage aux quatre vents
Et sur les partitions qui se posent entre deux coups de cœur
Mais je voudrais avoir parfois ce don de la tête carrée
Et phantasme penser à remettre les choses à leur place
Ranger une feuille après l’autre sans laisser ma trace
Mais les nombreuses tentatives se sont toujours égarées

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Espérances

Car au bout du chemin se tiennent en ronds
Les silhouettes vacillantes des promeneurs
Et que dans mon souvenir les espaces sont
Le royaume solitaire de ma forêt intérieure
Je ne vais pas au bout du chemin je diffère
A des heures meilleures mon droit à la jouissance
Je contiens en ma coquille la sublime colère
L’impuissante résignation devient mon essence
Heureusement quelques amis aussi souffrent
Et leur douleur normalise mes frustrations
S’ils me comprennent je peux encore par fusion
Ficeler ma liberté dans de sombres compensations
Entends-tu lecteur le cri silencieux qui s’échappe de ma plume
As-tu vu les notes et les mots s’envoler avec amertume
Sais-tu que plus rien n’est à sa place
Au fur et à mesure que les priorités se déplacent
Je perds pieds dans mes choix essentiels
Je m’enfonce inutile et sans espoir dans l’absence
Les arbres sans terre s’évaporent créations artificielles
L’inutile substance condamnée ridicule la fertile semence
Mais j’espère encore entendre ce qui toujours me nourrit
Je rêve que mes grands bras s’ouvrent pour y blottir mes amis
Et que leur jeu m’emporte sans peur comme dans l’autre temps
Et qu’aucune vapeur assassine ne s’échappe de mon cœur d’argent

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Une vague après l’autre…

Une vague après l’autre et jusqu’à boire tout l’océan
Écume de chagrin coquilles amères j’ai faim
J’ai faim de tes promesses de tes pas de géant
De ton bouillon salé aux suaves parfums


J’ai faim de larges allées qui mènent vers l’ailleurs
Sans qu’aucun interdit ne vienne de son air railleur
Dessiner des limites à mes insouciantes escapades
J’ai faim de lourds brodequins et de légères galopades


J’ai faim des broderies et des dorures de mon royaume
De tous ces lieux où figure souvent plus de terre que de ciel
D’infiniment profondes vibrations au cœur de l’essentiel
De la terre argileuse et pourtant féconde en ses divins arômes


J’ai faim de ces notes naïves qu’on jetait à foison
Dans ma récolte tardive j’en mangeais plus que de raison
Et plus j’en partageais plus il n’y en avait encore
On aurait dit que nous possédions ensemble tout un trésor


J’ai faim de mes amitiés qui s’échouent dans des îles désertes
Dont quelques éclats de rire ont du glisser dans des angles morts
Virtuellement nous sommes toujours collés cœur à corps
Mais pieds et poings liés et la bouche couverte

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A bout de dent

J’ai dit tes mots à bout de dents
Patiemment tendrement
Comme on transporte gentiment
La dernière couvée dans un endroit sécurisant

Je les ai laissés s’envoler dans le vent
Comme si tu étais encore vivant
Et qu’ils traversaient le temps
Pour témoigner de cet amour encore présent

Et la rivière calme fut un lac étonnant
Les collines des montagnes consciencieusement
Et le temps suspendit son vol longtemps
Et tout finit par dire ils ont aimé vraiment

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Au Jardin Noir.

Si tu as peur dans la guerre sans fin
Un peu de lumière au bout de ses mains
Il viendra te parler partager ton destin
Il viendra jusqu’à toi en ton noir jardin

Si tu as froid si tu as faim
Il passera forcément chez toi
Celui qui dessine des lendemains
L’homme savant l’homme droit

Discrètement marchant le long des murs
Il publiera ses actes seulement s’il est bien sûr
Que tes intentions sont les mêmes que les siennes
Un acte généreux c’est le seul qui convienne

Pourquoi les Dieux mettent ils pour les défendre
Des armes dans les mains de leurs nombreux enfants
Et seulement à quelques hommes un cœur pur et franc
Et seulement à quelques hommes le désir de se comprendre

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Haïku d’automne 3

Un champ le matin
La nuit froisse son drap blanc
Le bruit de nos pas

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Vent frais

Caresse de vent frais
Rouge orange marron
La bogue roule

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Haïku d’automne.

Une perle glisse
Sur une plante avide
Elle perd son chemin

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Petit bouchon de flûte…

Petit bouchon de flûte te retrouver quelle belle surprise
Sur mon gâteau de notes vient se poser une ronde cerise
J’attendais ta venue avec une grande impatience
Et voici que tu rejoins le cœur de notre alliance

D’un bel accord parfait tu rallies toutes les bienveillances
Tu déposes tes notes dans la corbeille douce offrande
Jouant en temps en couleur avec beaucoup d’efficience
Et tu fusionnes en nos sons comme une grande

Après avoir beaucoup travaillé sage comme une image
Quelques traits de fatigue s’incrustent sur ton visage
Je ne sais pas si je suis prête nous dis-tu en toute innocence
Mais la flamme est en elle et toutes ses scintillances

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Étrange étranger aux abords obscurs…

Étrange étranger aux abords obscurs
Le sens de tes pensées est une direction peu sûre
Un étroit sentier sous un tunnel profond
La lumière  n’a d’existence pour aucune bonne raison

Quand tu sors de chez toi avec ta lame sanglante
Je vois dans ce miroir mes certitudes branlantes
Mes doutes en fond d’écran et ce décor obsédant
De paroles évidentes la haine entre toutes les dents

La tentation est grande d’être ce dernier qui ferme la porte
De punir les suivants et leurs saintes cohortes
De se placer sous la protection des loups
Rendre à l’agresseur bien plus que coup pour coup

Car les rubans de deuil les images de partage
Collés sur nos faces virtuelles est une catharsis avortée
La sublimation une histoire de bien courte portée
Rien n’efface ne répare ne console les stupides outrages

Peux-tu m’apprendre comment aimer encore ta différence
Comment t’apprendre à respecter la mienne en ma maison
Est-ce que tu penses qu’il reste une infime chance
Avant que s’installent les horreurs de la morte-saison

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